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03/12/2014

L'interview de Richard THOMAS le DTN FFESSM


News Apnée

S'il se déplace régulièrement sur nombre de compétitions, c'était officiellement sa première sortie sur un rendez vous international apnée. Richard Thomas, puisque c'est de lui qu'il s'agit, nous a accordé quelques minutes afin de faire le point sur sa vision du monde de l'apnée et des compétitions.

 

 

 

1 - Le questionnaire psmcafe : Nom prénom, fonction.

Richard THOMAS : THOMAS Richard, 50 ans, Directeur Technique National de la FFESSM. "Novice" issu du monde des sports de pagaie (canoë kayak...)

 

2 - On vous avait vu déjà suivre l'apnée de près cette saison, quels étaient vos objectifs cette fois en partant à Tenerife ?

R.T. : De fait, le DTN est le Directeur des équipes de France. Il était donc normal que je sois présent aux côtés des apnéistes de l'équipe de France sur l'évènement clef de la saison à savoir le championnat d'Europe. C'était pour moi l'occasion de comprendre les différentes épreuves que comporte la discipline apnée, de découvrir ce qu'est le haut niveau en apnée à l'échelle européenne et de connaître le niveau de compétitivité de notre élite. La notion de haut niveau au sens du ministère des sports est principalement  "constituée" par la représentation en nombre de sportifs, le nombre de nations, par le niveau de la concurrence et par la "densité" sportive. De fait, l'apnée européenne, avec 9 nations présentes à ce championnat, souffre d'un problème de représentation ce qui, sans occulter la très grande qualité des performances réalisées, est un handicap. Pour autant, ce handicap est partiellement compensé par un atout majeur : sa force de médiatisation. J'ai pu clairement constater la différence de niveau entre un championnat de France et un championnat d'Europe. Tous les athlètes présents, sans exception, se maîtrisent et connaissent parfaitement bien leurs limites ; l'absence de syncope en étant un des indicateurs. Enfin, ce déplacement m'a également permis de travailler sur ce que j'appelle l'unité fédérale afin d'éviter de trop grandes disparités d'organisation entre nos différentes disciplines et de voir ce qu'était un évènement international en apnée dans l'objectif d'accueillir en France à court terme une épreuve de référence internationale.

 

Richard Thomas

Richard Thomas par Eric Flogny

 

3 - Arrivé là-bas tout commence très fort avec deux médailles le premier jour de compétition. Puis le lendemain, on se retrouve avec un fait historique : 5 membres de l'équipe de France qui se qualifient en finale du DYN. Comment vivez vous cela ?

RT : Le "speed" était la première épreuve. J'ai retrouvé les "anciens" du circuit nage avec palme. Expérimentés, nos deux nageurs français prennent l'argent et le bronze derrière un italien encore bien présent lors du championnat d'Europe de NAP cet été. C'est chouette et cela objective la "passerrelle" entre la nage avec palmes et l'apnée. Il y a des transferts et des mutualisations de "savoir-faire" intérenssants à exploiter, particulièrement en matière de retour d'expérience du haut niveau international.

En effet, j'ai pu constater que plusieurs membres de l'équipe de France manquent de vécu en la matière et ne sont pas encore "rodés" au comment gérer une préparation terminale et la pression que génère une compétition internationale, notemment en statique. Les Stages de préparation du collectif France doivent contribuer à faire progresser nos sportifs dans ce domaine ou encore celui de la stratégie et de la gestion de plusieurs épreuves avec des phases de qualifications et de finale.

Enfin, quand bien même nous avons à faire des épreuves individuelles, il ne faut jamais oublier que c'est la dynamique collective qui contribue au bon fonctionnement de chacun et génère la "gagne". Il y a un gros travail là-dessus. En dynamique, ils ont été très forts et très soudés. Ces 5 qualifications ne sont pas le fait du hasard. Nous sommes rentrés gonflés à bloc pour préparer les finales du lendemain.

 

4 - Arrive le jour de la finale où deux athlètes français battent le reccord du monde mais sont battus par le croate Goran Colak sur le fil. Quel a été votre regard sur cette journée ?

RT : Tout d'abord, une très longue journée... Beaucoup d'attente mais du suspens à la clé ! Concernant Goran, quand tu connais le sport de haut niveau, tu voyais bien qu'il ne s'était pas dévoilé et en avait gardé sous la pédale la veille. Si rien n'est jamais gagné, sa victoire n'est donc pas une surprise. Sa stratégie, en ne se positionnant pas en leader, a parfaitement fonctionnée avec notamment un Arthur qui se met la pression et sort à 150 m. Cette "sortie" a impacté l'état d'esprit du collectif. Arthur s'est culpabilisé et voulais s'arrêter là. Il a fallu lui rappeler qu'il avait soit perdu mais remplit sa mission en occupant une place de finaliste et ainsi augmenter les chances d'avoir des français sur le podium. Il faut être stratégique en compétition de haut niveau et occuper le terrain quand on le peut. C'est aussi un moyen de mieux gérer la globalité des épreuves pendant les 5 jours que dure le championnat.

 

5 - En jump blue, bien que privés de finale, les frenchies montrent encore un potentiel énrome. Quel est votre sentiment en montant dans l'avion du retour et surtout quel est votre regard sur cette équipe de France ?

RT : A l'issu du dynamique,  certains ne voulaient pas faire le "Jump Blue". Le Jump Blue est un élément de la compétition à ne pas négliger. Il n'y a pas de sous épreuve, il n'y a que des médailles à prendre ! De plus, s'il y a contre perf en dynamique on met le paquet à l'épreuve suivante. L'apnée ce n'est pas une épreuve mais un groupe d'épreuves. On ne doit laisser passer aucune chance de médaille. Le Jump Blue a sa place. Sportivement, ça a de la valeur quand bien même il serait un éducatif transformé en épreuve compétitive. C'est pour moi le trait d'union entre la pratique en piscine et la pratique en eau libre comme le poids constant.

Si je rappelle cela, c'est que chacun peut avoir sa petite idée sur le sujet mais lorsque que l'on représente la France, on doit s'assoir sur ses états d'âmes et faire le "travail". Résultat, une fois le collectif remobilisé, on a prouvé que l'on pouvait faire fort. La démonstration n'a malheureusement pas pu être menée jusqu'au bout en raison d'une interruption d'épreuve pour "cataclysme" météorologique ! Frustration ...

 

 

 

6 - Comment voyez vous les orientations futures de cette équipe ainsi que les moyens à mettre en place afin de rester dans une belle dynamique de progression ?

RT : Il est vrai que l'apnée est une activité à maturité tardive. Il n'existe d'ailleurs pas de circuit "junior" ou U21 ?! L'âge moyen de notre Equipe de France fait que je ne faisais pas "papi" ! Si je dis cela, c'est que le développement de la dimension compétitive de l'apnée, impose de travailler sur la relève non pas uniquement en recrutant parmi les plus expérimentés d'une pratique sport de loisir de l'apnée ou en tapant dans le réservoir des "retraités" de la NAP de haut niveau. Il faut donner envie aux jeunes de pratiquer l'apnée à haut niveau et ainsi préparer un collectif "relève". Parallèlement à ce travail, il faut bien évidemment capitaliser, sédimenter et valoriser l'expérience de nos champions actuels. Il faut continuer à mettre en place des actions de regroupement préparatoires aux compétitions internationales de référence pour développer la culture du haut niveau et de la gagne qui nous manque et ce, dans le respect de nos valeurs et de la déontologie sportive.

Il faut donc aussi surtout former des entraîneurs ! J'espère que nous organiserons les championnats du monde 2015 "indoor" en France. Gagner à la maison serait une consécration pour cette équipe qui a montré à Ténérife qu'il fallait compter sur elle !

 

7 - Peut on imaginer cette équipe de France quitter Mulhouse pour ses stages nationaux pour s'expatrier dans d'autres lieux, Font Romeu notamment comme on peut le voir dans d'autres disciplines ?

RT : Effectivement, il faut aller voir ailleurs, à la fois pour développer notre niveau d'expertise de la pratique elle-même mais aussi en matière de préparation physique généralisée. L'objectif : faire muter notre élite apnéiste en sportif de haut niveau ! Nous devons donc repérer des lieux faciles d'accès et à moindre coût en France et à l'étranger pour diversifier les expériences, se confronter à la concurrence ou encore, rencontrer des sportifs de haut niveau d'autres disciplines. Bref, s'ouvrir ! Si nous faisons de Mulhouse un véritable pôle national et notre base privilégiée d'entraînement des collectifs France, il faut aussi identifier des sites satellites qui répondent à nos besoins. Font Romeu est une réponse possible en matière de PPG par exemple.

 

8 - Des passerelles de collaborations sont elles envisagées avec les cadres de la nage avec palmes ? Voir, puisque la France fait partie des grandes nations de la natation mondiale avec certains grands clubs français (CNM par exemple) afin d'optimiser encore la technique des apnéistes français ?

RT : Nos commissions nationales travaillent chacune dans leur coin. Je dois donc impulser le cloisonnement et l'enrichissement mutuel ! Un premier axe de travail est de regrouper les entraîneurs pour qu'ils échangent, qu'ils mutualisent leurs expériences. Un deuxième axe, c'est la recherche et la publication. A l'évidence, les transferts existent. La nage avec palme utilise des techniques d'apnée pour créer des situations de stress comme l'hypoxie. Il faut valoriser l'expertise et le savoir faire de chaque commission.

 


9 - Et l'olympisme ? L'apnée comme la nage avec palme sont des disciplines au final pas si éloignées de la natation la grande soeur olympique. Peut on rêver de les voir elles aussi accéder à l'olympisme et que peut-il manquer aujourd'hui pour cela ?

RT : Pour être olympique au programme d'été, il faut au minimum 75 nations. Pour être reconnu de haut niveau il faut au minimum 35 nations. Si l'on ne prend que ce critère "nation", l'apnée est donc loin du compte, quand bien même la CMAS mettrait en place (ce qu'elle devrait faire !) un programme de dévelopement international incitant les nations leader à développer la pratique dans d'autres pays "amis" ou "partenaires" dans lesquels leur expertise pourrait permettre de faire émerger la pratique de l'apnée ... Ainsi, nous pourrions inviter ces nouvelles nations à participer aux championnats continentaux et mondiaux et augmenter progressivement ce nombre de nations quand bien même l'écart de niveau de performance se creuserait entre le 1er et le dernier (ce qui n'est pas sans conséquence, notamment en matière de sécurité !).

 

Par chance, l'apnée a d'autres atouts à savoir sa "force d'attraction" et la capacité de médiatisation quasi naturelle qui en résulte. L'apnée est un sport connu et apprécié du grand public. Elle est reconnue de haut niveau sans l'être offciellement. A ce propos et pour rire, le Ministère des Sports m'a appelé à Tenerife pour avoir plus d'informations sur le déroulement des épreuves, nos chances de médailles ... afin de préparer une note pour le Ministre en cas de victoire, persuadé que l'apnée était reconnue de haut niveau ?! Cela n'est malheureusement pas arrivé lorsque j'étais à Lignano, au championnat d'Europe de NAP...

 

C'est un indicateur positif ! Il faut utiliser cet atout et réfléchir notamment aux formats d'organisation de nos compétitions pour qu'ils soient autrement attractifs. On fait actuellement des compétitions pour nous, entre nous. On se fait plaisir mais cela a des limites. Sans rentrer dans la spectacularisation à outrance, un minimum est à penser pour attirer les spectateurs et développer les moyens de leur faire vivre l'épreuve à défaut de pouvoir les faire venir au fond !

 

Je crois donc en l'apnée. Elle a un rôle de locomotive à jouer pour toutes les autres disciplines compétitives du champ délégataire de notre fédération. Elle doit contribuer à une meilleure reconnaissance externe de nos sports inconnus du grand public. Il y a là un vrai enjeu.

 

Si la quête de l'olympisme reste un objectif, il faut d'abord bien s'organiser en interne pour ensuite conquérir d'autres mondes via le sport universitaire, les jeux de la jeunesse, les jeux méditerranéens ...

 

10 - AIDA, FFESSM, l'apnée est aujourd'hui représentée par deux entités, quel est votre regard sur cet état de fait ?

RT : La nature a horreur du vide et AIDA occupe visiblement un terrain qui contribue à une (à priori) meilleure reconnaissance de l'élite mondiale. En toute sincérité, je ne connais pas AIDA et ne suis pas allé voir une épreuve organisée par cette structure.

 

Opposer les systèmes n'est pas une bonne réponse. D'ailleurs, les performances réalisées lors des championnats d'Europe démontrent que les vrais champions ne sont pas plus AIDA que CMAS d'autant que si comparaison "inutile" il devait y avoir, celle-ci ne tient qu'à la condition de jouer avec les mêmes règles du jeu et là ...

 

Nos champions ne doivent donc pas s'égarer et se tromper de positionnement. Si rien ne les empêche de participer à une épreuve AIDA, il doivent être "au clair"  avec leurs objectifs de saison et les engagements pris avec le collectif France et la fédération. Leur reconnaissance passe obligatoirement par leur participation aux compétitions internationales de référence. Etre champion AIDA n'a pas la même valeur qu'être champion du Monde quand bien même le circuit pro permet certainement d'autres systèmes de valorisation.

 

Un circuit "pro" permet une certaine liberté source potentielle de plus de créativité dans les limites du "déontologiquement acceptable". Cette liberté est un vecteur de développement de l'apnée. C'est pourquoi je pense que la concurrence à la loyale est porteuse d'avenir. Mais attention, pour que le système se nourrisse positivement, AIDA doit se positionner correctement ce qui impose de ne surtout pas imaginer pouvoir remplir la même fonction qu'une fédération internationale ou une fédération nationale délégataire. !

 

 

11 - L'accession à l'enseignement de l'apnée est encore compliqué de nos jours, une simplification est-elle prévue ?

RT : J'ai pointé la nécessité de former des entraîneurs et par conséquent des cadres en général. L'absence de filière "pro" ne contribue pas à l'atteinte de cet objectif. Il est fort dommageable que l'ensemble de nos disciplines compétitives soit tributaires d'un passage obligé par la filière métier plongée scaphandre ou natation sportive.

 

C'est une de mes préoccupations. Le manque historique de culture sport compétition au sein de notre fédération explique certainement pourquoi chaque commission sportive a été contrainte de développer sa propre logique pour exister, sans socle commun et de ce fait, sans reconnaissance professionnelle possible alors que cela aurait été aisé fut une époque. Aujourd'hui, à défaut de marché clairement identifié générateur d'emplois "durables", il est quasi utopique d'espérer la création d'une filière "pro" dédiée à l'apnée. De même en nage avec palmes ou autre. C'est un réel frein au développement. Il faut donc nous concentrer sur la structuration d'une filière de formation fédérale performante pour pallier ce manque. Là encore, la mutualisation avec les autres disciplines est un impératif afin d'identifier un socle commun puis des logiques de spécialisation. Ensuite, nous verrons l'opportunité ou pas de réfléchir la bonne réponse pour professionnaliser la filière.

 

12 - Les mots de la fin ?

RT : Unité fédérale, mutualisation et union des forces sans perdre son identité, identification des bons objectifs dont formation de cadres, d'entraîneurs, de juges et d'arbitres, d'organisateurs de belles manifestations...

 

Merci à lui et à bientôt au détour d'une compétition !


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